
Une force mystérieuse, ou son manque peut-être, m'empêche actuellement d'écrire.
Il ne s'agit pas seulement de mes gribouilles ici.
Il m'est difficile aussi de répondre à certains mails chaleureux que je porte dans mon coeur.
(Vous pouvez essayer de m'écrire un mail glacial, mais je ne promets rien...)
(Je ne promettrai plus jamais rien dans ma vie.)
Mes rares sms se résument à "A bi1to,G plu 2 rézo.", mes listes de courses se voient réduites à l'essentiel : "amour, eau fraîche, schokobons, millepertuis".
Sur le frigo, il n'y a plus de factures urgentes, ni d'ordonnances illisibles. J'ai tout brûlé dans le poêle. Autrefois, mon frigo ressemblait à un panneau d'annonces municipales ou à une vitrine de syndicat d'initiative. Aujourd'hui, il n'y a plus que des magnets décolorés (que je finirai par jeter bientôt, ou fixer quelque part, contre les capots des voitures, les boîtes aux lettres, les gouttières) qui s'y raccrochent tristement comme des âmes bigotes se cramponneraient, toutes crispées, à un barreau branlant de l'échelle des valeurs, sans croire en son sommet.
Je n'appose plus ma signature au bas des contrôles de maths, je paraphe, à chaque fois différemment, au gré de mon humeur, parfois avec la main gauche, parfois au verso, et ma fille me fait des clins d'oeil complices.
Ce matin, j'ai refusé de signer le reçu d'une lettre recommandée, en expliquant à la factrice (une nouvelle, avec de très beaux maxillaires épais, mais assez désagréable) que je ne peux pas signer à la place de Frau Zamomi, que celle-ci est partie en voyage d'affaires, très loin, au bord de la Mer de Barents, à Severomorsk, une ville fermée qui sert de base militaire et je ne peux pas en dire plus, le secret d'Etat, tout ça, et moi je suis juste la nounou de ses deux enfants surdoués, et que oui, il faudra penser à créer une poste restante, je lui dirai quand elle appellera, enfin si elle appelle, parce que là-bas, le réseau, vous savez... Elle m'a lancé un regard méchant en remontant sur sa mobylette, alors je lui ai fait une grimace, puis je lui ai tourné le dos en faisant claquer ma chevelure scintillante comme l'arc céleste au dessus de Jérusalem, et la dernière chose qu'elle a vue de moi était ma fesse vêtue de noir tel le ciel de Sybérie, rebondie, insolente et rieuse. Que vais-je bien pouvoir inventer demain ?
Tout ceci pour dire que je vais convertir temporairement cette page en jpegblog et que je reviendrai dans quelques semaines pour vous raconter, avec un peu de recul, ou un peu d'avance, les rues sombres et glissantes d'un Mourmansk enneigé que je traverse en ces semaines surréalistes, complexes et pourtant nécessaires, donc précieuses.
Méfiante, stressée et pleine d'espoir.
photo prise non loin du Rhône, octobre 2008.
(J'aurais aimé passer quelque temps à l'intérieur de cette maison, dans l'obscurité, voir les deux coeurs lumineux se découper dans la pénombre, avec, de temps en temps, l'oeil intrigué d'un passant qui s'y collerait... :)

4 comments:
tu vas me manquer, déjà ce silence entre ce post et le dernier n'en finissait plus...
je n'ai pas compris ce que tu feras (excuse mon ignorance, je te prie) mais je te souhaite le mieux.
reviens vite-
J'aimerais bien être une passante intriguée, poser le front contre les coeurs,te rejoindre pour contempler leur forme lumineuse projetée sur les murs, les voir bouger, s'allonger au fil des heures...
Et te serrer contre moi dans les rues sombres et glissantes.
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Chantilly > Merci :) Je ne pars pas vraiment, j'ai moins de mots, mais ils reviendront bientôt. Ca va y aller, comme dirait ma maman :)
Kypon :) > J'aime ton regard inspiré, je n'avais pas pensé aux reflets mouvants des coeurs...
Et tes mots sont des aurores boréales, toujours. Dans les réserves de bovins sauvages, les ruelles sombres, les forêts obscures peuplées de sangliers et d'autres dahus...
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Joli texte plein d'amour pour celle qui te manque tant....
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