L'espoir est quelquefois épuisant.
Tel un radeau grinçant mais imputrescible une étincelle de désespoir vient de temps en temps rétablir les choses.
Bergson avait peut-être raison lorsqu'il écrivait que la seule joie intense véritable résulte du sentiment d'avoir donné naissance à une chose nouvelle, mouvante et vivante.
Mais peut-on créer, prendre soin, observer un mouvement en étant si fatiguée ?
Peut-on aimer dans son sommeil ? Dormir d'amour et d'eau fraîche ?
L'amour ne demande-t-elle pas un éveil complet, une concentration, l'abandon de la torpeur, une présence de chaque instant ? N'est-elle pas précisément cette présence ?
Comment font-elles, ces ourses noires qui mettent bas en dormant profondément, au beau milieu des semaines d'hibernation ?
